Historique des actualités

Pornographie mémorielle et Démagogie émotionnelle
par Éric Cachart

L’a-t-il dit ou ne l’a-t-il pas dit ? A-t-il exactement comparé l’évocation de la Shoah à de la pornographie émotionnelle au cours d’une obscure rencontre devant la presse en Algérie ?
A-t-il réellement associé les deux  ou les a-t-il distingués ? Ses propos ont-ils été bien compris ? bien traduits ? bien interprétés ?

Voilà ce qui agite la presse française depuis quelques jours. Au point de faire le titre de une du Parisien « le nouveau dérapage de Dieudonné » et de reportages avec interviews dans les journaux télévisés de 20 heures!

C’est en quelque sorte l’information principale de la semaine, l’un des faits marquants de l’actualité mondiale…

Un pseudo humoriste, égaré dans une vision missionnaire de la défense des opprimés, de l’exaltation des souffrances endurées par les minorités au cours de l’histoire, aurait divagué dans l’analyse comparée du devoir de mémoire.
Cet embrasement de la presse met une nouvelle fois en exergue les mécanismes de la démagogie émotionnelle qui s’est emparée des médias, de la fragilité de leur responsabilité et par conséquent de la disparition programmée de leur crédibilité.
Il a suffi, comme toujours, qu’un média (Internet ne cesse d’en développer le nombre sur la planète) proclame que le susnommé Dieudonné avait prononcé en les amalgamant les propos susdits pour que s’assemblent un à un les maillons de la démagogie émotionnelle. Chacun citant et s’abreuvant aux sources de l’autre fait enfler l’affaire, la proclame événement national, alimente le sulfureux débat intercommunautaire et de surcroît participe au renforcement de la notoriété d’un individu, Dieudonné, qu’il a lui-même participé à fabriquer.
Proclamé personnalité par quelques apparitions dans des émissions de variétés et par une immiscion « attrape tout » dans le débat électoral, l’auteur des propos incriminés est promu personnage essentiel.

Qui, sincèrement, à la lecture de ces lignes reconnaît à Dieudonné l’importance qui ne cesse de lui être conférée ? Qui se soucie vraiment de savoir s’il a dit ou pas dit ce qui lui est reproché ? Qui s’intéresse en conscience à ses dénégations et à ses explications ?
En revanche le choix de l’information, la valeur de celle-ci, sa hiérarchie de traitement, le registre des émotions sur lesquelles va s’opérer le débat dans l’opinion nous concerne tous.
La démagogie émotionnelle fausse les jugements.

Les acteurs politiques si prompts à se laisser submerger pourraient, devraient, éviter de lui donner plus de corps en commentant ces événements artificiels développés par les nouveaux manipulateurs de conscience.

Les éditeurs et les rédactions en chef pourraient, devraient, s’interroger sur le devenir de leur mission face à l’émergence exponentielle des nouvelles sources d’information sur le web et sur l’inexorable déclin du crédit qui leur sera accordé dans l’avenir.

La pornographie, en l’espèce, n’est pas que mémorielle….   

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